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Droite Française : la guerre des chefs est déclarée

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Au lendemain des élections législatives qui ont vu le PS obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale, les couteaux sont tirés au sein de l’UMP. Si l’explosion de l’ex-majorité présidentielle n’a pas encore eu lieu, il se pourrait bien qu’elle se produise à retardement. En effet, la lutte pour le leadership du principal parti de la droite française se profile à l’horizon.

Malgré la défaite, l’UMP est parvenue à conserver un semblant d’unité jusqu’au 3 juillet, date de la déclaration de politique générale du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Celle-ci offre enfin à l’opposition l’occasion de décocher ses premières flèches en direction d’un gouvernement qui était parvenu jusqu’ici à retarder l’annonce de mesures de rigueur.

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La question qui se pose désormais est celle du leadership de l’UMP avec en point de mire la désignation du chef du parti prévue pour novembre 2012. Dans les startingblocks, François Fillon et Jean-François Copé comptent leurs soutiens. Si le premier jouit d’une popularité importante au sein des Français, le second bénéficie du contrôle du parti1.

Un duel de valeurs

A travers ce duel, ce sont les valeurs que défendra le principal parti d’opposition qui sont en jeu. On sait que l’ancien Premier ministre n’appréciait que très peu l’influence très droitière du conseiller spécial de l’Élysée Patrick Buisson, sur le durcissement du discours de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle. Issu des courants humanistes de la droite, François Fillon s’était  ouvertement inquiété de voir les thématiques frontistes reprises au sein de la majorité.

De son coté, Copé s’inscrit  dans le prolongement du sarkozysme. Sans être l’un des représentants de la ligne dure du parti, il assume totalement la droitisation de celui-ci. Il cherche avant tout à en conserver l’unité, fût-elle au prix de quelques sacrifices au regard des valeurs défendues historiquement par le parti.

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On aurait pu imaginer que les résultats des législatives profitent à François Fillon. Les élus  les plus marqués à droite ont payé un lourd tribut lors des élections et la stratégie du « ni-ni » mise en place par Jean-François Copé (par opposition au « front républicain » destiné à faire barrage au FN) s’est avérée être un échec2.

C’est pourtant ce dernier qui a marqué les premiers points dans ce duel à distance avec l’élection de Christian Jacob, l’un de ses soutiens, à la tête du groupe parlementaire UMP à l’Assemblée3.

Le mal-être des centristes français

En marge de cette bataille pour savoir qui tiendra les rênes du parti, Jean-Louis Borloo vient de constituer le groupe « Union des Démocrates et Indépendants » à l’Assemblée nationale4. Si celui-ci a tenu à rassurer sur ses intentions en affirmant qu’il s’inscrivait dans une alliance avec l’UMP, il n’a cependant pas exclu la possibilité de voter certains textes du gouvernement Ayrault.

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Ironiquement, cette position pourrait s’avérer plus gênante pour l’UMP que ne l’est celle des radicaux de gauche envers le PS. Ces derniers ont annoncé de leur côté que, s’ils se positionnaient en tant que critique du gouvernement, ils ne voteraient aucune motion de censure aux cotés de la droite parlementaire5.

La création de ce groupe reflète l’échec historique de l’UMP à faire vivre la pensée centriste en son sein. En plaçant les postes à responsabilité sous le giron d’ex-représentants du RPR lors de sa création, le parti nouvellement créé avait étouffé dans l’œuf toute possibilité pour le centre de s’épanouir.

Ceci devrait sonner comme un rappel à l’ordre pour tous ceux qui briguent la tête de l’UMP : s’ils ne veillent pas à l’unité du parti, le vainqueur risque de se retrouver roi d’un tout petit royaume.
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Sources :
1.Fillon/Copé : le match des clubs, Le Figaro.fr, 02/07/12
2.La gauche pour un front républicain anti-FN, l’UMP avance le «ni, ni», el Watan.com, 12/06/12
3.Réélection de Christian Jacob à la tête du groupe UMP de l’Assemblée nationale, France 24, 20/06/12
4.Assemblée: le nouveau groupe centriste de Borloo veut une “opposition vérité”, Le Parisien.fr,  26/06/12
5.L’avenir incertain du Front de gauche, LaCroix.com, 11/06/12
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Image Credits:
1. Jean François Copé et François Fillon lors d’un meeting le 2 mai à Paris, Thomas Sanson/AFP, via Rue89
2. Jean François Copé et Francois Fillon en septembre 2010, Régis Duvignau/REUTERS, via Les Inrocks
3. Jean François Copé et Christian Jacob à l’assemblée nationale, REUTERS, via Boursier.com
4. Jean-Louis Borloo à l’Assemblée nationale, Benoit Tessier/REUTERS, via le Monde.fr



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