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Pourquoi parler français, c’est sexy (parfois)

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This article is in French. Click here to read it in English.

Au bar du Palace Hotel de Broken Hill, les conversations démarrent en général comme suit : “Where is your accent from/Where are you from?” “France.” “I love your accent/I love France.” Voilà, j’ai lâché la bombe. Je suis française. 

« [Le français] est le plus joli langage de tous les pays européens », déclare un Londonien de passage, désormais résident à Sydney.

Le langue française a généralement bonne presse de ce côté du globe, mais sa beauté est un concept tellement subjectif qu’il est difficile d’expliquer sa popularité. Hormis supputer que la majorité de la population australienne possède un goût incontestable, peut-être faut-il chercher du côté de la symbolique du langage.

La perception du français et l’influence de la culture populaire

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A 1150 km de Sydney, Broken Hill n’est pas l’outback profond mais s’en rapproche. La population est constituée à 88,1% d’Australiens et les bars sont chargés de testostérone. Les stéréotypes culturels, accentués par l’isolement culturel et physique de la ville et du pays, ont la dent dure.

L’interaction s’embarrasse souvent de connotations sexuelles dès que je révèle ma nationalité. Les soirs de week-end, à mesure que l’alcool infiltre les vaisseaux sanguins, les hommes entre 20 et 45 ans n’ont qu’une phrase à la bouche: « Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? » Je maudis alors Christina Aguilera et ses acolytes. L’accent français, c’est sexy. Ce présupposé nous colle aux basques comme un vieux chewing-gum, et c’est en partie Lady Marmalade et des mecs comme Pepe le Pew qu’il faut blâmer.

Le langage, plus émotionnel que rationnel

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« Dis-moi quelque chose en français. Avec passion. » J’ai précisé à John que je n’étais pas un singe savant mais j’ai joué le jeu. L’effet était attendu. La parole génère plaisir et désir. Les quelques mots prononcés, dépourvus de leur sens, s’imprègnent des fantasmes de l’interlocuteur, nourris par sa culture personnelle, et dans le cas présent font de moi l’emblème de Paris et du ménage à trois. Lourde responsabilité.
Alain Rey, dans un entretien avec la revue Campus, évoque la dimension symbolique du langage qui « véhicule toujours des contenus affectifs collectifs » (1). Certes, l’on peut être sensible aux complexités linguistiques, mais la dimension affective du langage, éminemment subjective, est surtout liée à des représentations inconscientes personnelles et collectives produites par « une accumulation de références historiques, folkloriques, imaginaires… » (2).

On aime le français comme j’aime le russe : un moyen de m’approprier Anna Karénine et le port de Vladivostok ou une vision du pays simpliste nourrie par la littérature de mon adolescence et mes fantasmes de voyage…

Parler français chez l’Oncle Sam

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La langue française n’est toutefois pas toujours appréhendé avec enthousiasme.

Depuis le vote négatif de Jacques Chirac en mars 2002 aux Nations Unies, le gouvernement américain a fait de la France son bouc émissaire. John Kerry et Mitt Romney ont la réputation de maîtriser le français. Cependant tous deux furent tournés en ridicule pour leur savoir et John Kerry refusa de parler français lors de la campagne de 2004 (3).

Garder sa crédibilité est essentiel dans un pays où le corps politique fait de la France sa plaisanterie favorite. Le rejet d’un langage trouve son origine dans les conflits historiques et politiques relayés par les médias (Rupert Murdoch ?) puis infiltrant une société, et permet, entre autres, d’affirmer identité et patriotisme. Cette fois-ci ce sont des clichés négatifs qui sont induits par le langage, les responsables distillant consciemment l’image d’un pays élitiste, corrompu et antisémite dans les mentalités.

Le français incarne le langage d’un adversaire au sein d’une compétition entre deux modèles de société divergents.

Pour vous, qu’évoque le français ? Comment pensez-vous être perçu à l’étranger par rapport à votre langue maternelle ?

Références :
1 & 2. La langue, une arme de séduction massive, propos recueillis par Sylvie Délèze, Campus n°95.
3. Why do we mock Mick Romney for speaking French?, Brian Palmer, Slate.com. Crédits images :
1. Le bar du Palace Hotel de Broken Hill, Thepalacehotelbrokenhill.com
2. Pepe Le Pew, de Anderstoons Cartoons, via Flickr
3. Parlez-vous français ?, de Selim Toumi
4. Livre “Our oldest enemy”, de intellectualconservative.com



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2 Comments

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  1. Profile photo of Floriane Baldinger
    Floriane Baldinger
    4 years ago

    Merci pour cet article Cécile ! J’ai bien ris, surtout pour l’épisode de Broken Hill !
    C’est vrai qu’on m’a aussi souvent fait la remarque, l’accent français est sexy, bon c’est mieux ça que le contraire tout de même.


    • Profile photo of Cécile Mazurier
      Cécile Mazurier
      4 years ago

      Ah ça c’est certain, c’est quand même mieux que le contraire. Et puis c’est bien sympa cette “valeur ajoutée” ici.
      Merci pour le commentaire Floriane. 🙂