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Du remerciement à la Vierge à la Fête des Lumières

6521291359_d5644756b5 Les lumignons sur le bord des fenêtres à Lyon

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Si un jour vous êtes à Lyon un 8 décembre, et que pour vous c’est un jour comme les autres, vous pourriez à la nuit tombée avoir une jolie surprise.

Vous verriez petit à petit le bord des fenêtres s’illuminer, vous verriez un à un les habitants allumer de petites bougies et les disposer dans de petits verres (les lumignons) le long de leurs fenêtres ; parce que ce jour-là ils célèbrent quelque chose, parce que ce jour-là, depuis plus d’un siècle ils remercient.

Alors qui ? Pourquoi ?

La légende dit qu’ils remercient la Vierge Marie d’avoir sauvé Lyon de la peste.

Historiquement ce n’est pas tout à fait exact. L’histoire commence à la fin de la Renaissance, au XVIIème siècle. La peste ravage alors l’Europe, plusieurs milliers de lyonnais meurent et la moitié de la population de Lyon est décimée.

Après avoir basé en vain leurs espoirs sur la Faculté de médecine, et en désespoir de cause, le 12 mars 1643 le Prévost et les échevins, maire et adjoints au maire de l’époque, s’en remettent à la Vierge Marie. Les échevins s’engagèrent à ériger deux statues à son effigie. Ils firent vœu, pour eux et tous leurs successeurs, d’aller assister à la messe, de prier à la chapelle de Fourvière (dédiée depuis l’Antiquité à la Vierge) et de lui offrir sept livres (un peu plus de 3kg) de cire blanche en cierges et flambeaux, ainsi qu’un « écu d’or au soleil » (nom de la monnaie de l’époque) espérant ainsi qu’elle offre sa protection à la ville de Lyon.

Et alors que l’épidémie de peste continue de sévir en France, cette année-là à Lyon, elle s’arrête.

Les échevins tinrent leur promesse et encore aujourd’hui, chaque 8 septembre, à la « Grand messe » de la Nativité de Marie, un écu d’or est remis par la ville à l’évêque de Lyon.

Mais alors ? Pas de bougies ? Non, pas encore. Mais les lyonnais se sentirent désormais sous la protection de la Vierge Marie et liés à elle.

Ils prirent l’habitude d’aller la prier dans la petite chapelle de Fourvière pour intercéder en leur faveur dans leur vie quotidienne. Les années passant et les pèlerins étant toujours aussi nombreux, la chapelle eut besoin d’être restaurée.

Nous sommes en 1852, et après la restauration du clocher, on décide d’y placer une statue de Marie en bronze doré.

La date du 8 septembre est bien sûr choisie mais quelques jours avant, le ciel gronde, la ville se retrouve sous des trombes d’eau et la Saône, un des deux fleuves de Lyon, déborde. Une nouvelle date est choisie : le 8 décembre, fête de la Vierge (Notre Dame des Advents) que le Pape Pie IX fera jour de l’Immaculée Conception en 1854.

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Mais de nouveau, ce jour-là, des orages terribles éclatent et la Sâone menace encore.

Les notables veulent encore repousser la date mais, miracle, en fin de journée le mauvais temps disparaît.

A la tombée de la nuit, sur leurs fenêtres, les lyonnais, reconnaissants, mirent bougies, bougeoirs et lumignons qu’ils laissèrent brûler jusqu’au matin.

Ainsi naquirent les Illuminations de Lyon.

Aujourd’hui, cette fête devenue laïque et appelée la Fête des Lumières se perpétue. Tous les 8 décembre, les lyonnais mettent spontanément ces petites bougies sur le bord de leurs fenêtres et illuminent la ville.

Et quelle ampleur cela a pris ! Il y a seize ans lorsque je suis arrivée pour la première fois à Lyon, on pouvait aller se promener et boire du vin chaud dans les rues et voir le feu d’artifice. Les monuments historiques étaient éclairés de manière particulière pour l’occasion mais ce n’était rien comparé à aujourd’hui !

Lyon se métamorphose. Des artistes, designers, éclairagistes et architectes du monde entier revêtent la ville de lumière.

Les rues, les monuments, les ponts, les places… Chaque coin de la ville fourmille d’installations grandioses et poétiques que l’on découvre au gré d’une promenade féérique.

La Fête des Lumières est devenue si importante que pour accueillir chaque année les trois ou quatre millions de visiteurs, français et étrangers, elle dure maintenant quatre jours.

Mais ce n’est que le 8 décembre que les lyonnais allument leurs lumignons.

Et je sais que même lorsqu’ils sont loin de chez eux, dans une autre ville ou sur un autre continent, ils ne manquent pas de le faire.

Alors l’année prochaine ce jour-là, regardez par la fenêtre ; et si vous apercevez sur le bord d’une fenêtre une bougie qui brille dans un petit verre, vous saurez que derrière cette fenêtre, il y a un français, et qu’il est lyonnais. Vous saurez alors pourquoi.







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