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Profil : Kevyn Diana, acteur

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This article is in French. Click here to read it in English.

J’ai rencontré Kevyn Diana dans un café à Londres en 2006, avant d’apprendre le français et quand il parlait juste un peu anglais.

À cette époque, notre relation se caractérisait par des insultes rudimentaires dans la langue maternelle de l’autre. Les blagues très évidentes que mon nom de famille offre en anglais («Mais tu n’es pas un mec, tu es une fille !») et les insultes faciles que les anglophones font aux Français («grenouille») furent échangées. Depuis que nous avons quitté Londres, nous avons emprunté différents chemins : Kevyn est désormais un acteur qui monte en France. Et moi? Eh bien, j’écris pour Ma Vie Française ! Mais, les insultes ? Elles restent, ni plus intelligentes, ni plus spirituelles qu’avant. Mais nous allons éviter  ça dans l’interview !

Aujourd’hui, Kevyn a joué dans les films  comme Liberté de Tony Gatlif, Carmen de Jacques Malaterre,  Tant que tu respires de Fara Sene, L’Âge d’Homme de Raphaël Fejtö, et En Silence d’Alexandra Jordana.

Kevyn, merci de me parler de votre métier. Décrivez-vous en trois mots.

Ask. Around. Me.

Quel âge aviez-vous quand vous avez su que vous vouliez devenir acteur, et pourquoi ?

Ce n’est pas une question d’âge mais plus de « moment ». Il y a eu une période où j’ai senti qu’il était urgent que j’aille dans cette voie. Mais à vrai dire ça m’a toujours paru logique d’aller dans cette direction.

Avec quel réalisateur aimez-vous travailler et de qui aimez-vous regarder les œuvres ?

J’ai adoré travailler avec Jacques Malaterre, il m’a redonné goût à pas mal de choses, autant humainement qu’artistiquement. Sans lui j’aurais probablement tout lâché.

Dans le futur, avec qui (réalisateurs et acteurs) aimeriez-vous travailler ?

Il me serait plus simple de répondre à la question : « Avec quels réalisateurs et acteurs n’aimeriez-vous pas travailler ? ».

Vous êtes d’origine gitane et vous jouez dans le film Liberté de Tony Gatlif, dans lequel vous parlez en manouche. Est-ce que vous parlez couramment manouche depuis votre enfance ou est-ce que vous avez appris la langue pour le film ?

Je suis d’origine Sinti par mon père (Manouches d’Italie) mais je n’ai reçu que le strict minimum de cette culture, la [Deuxième] Guerre [Mondiale] a fait pas mal de dégâts dans ma famille. Je n’ai pour ainsi dire pas du tout grandi dans cette atmosphère, éducation et façon de vivre. Là il a fallu apprendre la langue parlée par les tziganes d’Europe de l’est. Je ne parlais pas du tout cette langue avant le tournage. Nous avons suivi, en amont, des cours intensifs de langue romani durant les cinq mois. Ce fut un précieux cadeau.

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À votre avis, quelles sont les plus grandes différences entre les films français et les films d’Hollywood ?

Ça me paraît pourtant évident, nous n’avons pas la même culture, langue, histoire, façon de travailler, ni les mêmes budgets…

Récemment, The Artist a gagné des Golden Globes et peut-être bientôt un Academy Award. Que pensez-vous que cela veut dire pour le futur des films français dans les pays anglophones (même si c’est un film “muet”) ?

Il y a toujours eu dans l’histoire du cinéma, des films, réalisateurs, acteurs, actrices qui ont reçu éloges et prix dans les pays anglophones. Ce n’est pas nouveau… Le fait que ce film gagne ces prix ne veut rien dire sur le futur du cinéma français. Enfin, je ne pense pas. Un bon film est un bon film, un bon réalisateur est un bon réalisateur, qu’importe d’où il vient. C’est ce qu’il peut créer qui intéresse. Après si ça peut permettre aux artistes français de s’exporter à l’étranger, tant mieux. Le but de l’art est de toucher le plus de monde possible.

Quelles sont vos autres passions à part le cinéma ?

La musique a une place énorme dans ma vie. Je viens d’une famille de musiciens, où l’éveil musical est directement lié à l’éducation. Je suis dingue de peinture, je suis frustré de ne pas savoir peindre, je trouve cela tellement noble comme art. La poésie a une place particulière également. J’aime la sensation d’intimité qu’elle procure.

Enfin, pensez-vous qu’un jour vous jouerez dans un film anglophone ou est-ce que vous préférez rester dans les films français ?

La question n’est pas de me demander si je pense un jour jouer dans un film anglophone ou non, mais si j’aimerais que le cinéma anglophone fasse appel à moi, et dans ce cas-là, j’aimerais oui.


Merci encore Kevyn !
 

Cliquez ici pour voir la bande-annonce du film Liberté et ici pour voir la bande-annonce du film Tant que tu respires. Si vous voulez « aimer » la page de Kevyn sur Facebook, cliquez ici.

Crédits images:
1. Kevyn Diana, (c) David Dang.
2. (c) Christophe Pizzeta, film “Liberte” de Tony Gatlif


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