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Guide de survie dans l’outback à l’usage du voyageur français

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Toute expédition prolongée dans l’outback profond démarre par des avertissements et des regards perplexes. Un Français s’hasardant au-delà des sentiers battus éveille la curiosité. Apparemment, il n’y a rien làbas. Mais pour la Bordelaise que je suis, je n’avais rien connu de tel que le vide australien.

D’accord, le mythe de l’outback comme d’un endroit où l’on disparaît est un peu éculé. Entre les scénarios de films comme Wolf Creek ou Razorback et la prose nerveuse de Douglas Kennedy, les Australiens ont exploité le filon jusqu’à plus soif. Les temps ont changé, les routes principales sont désormais goudronnées, toutefois un petit guide de survie devrait garder le voyageur français sain d’esprit.

Le désert : aux confins de la folie

« Peuplé d’étranges, perturbantes silhouettes, remplissant les cavités de votre cœur avec terreur et désolation » (1), l’outback n’a jamais eu vocation de gagner ses galons en hospitalité. Tout y crie « allez-vous-en ». Les visions morbides des aigles et corbeaux tournoyant dans le ciel, la sueur avec laquelle on apprend à cohabiter, et les quantités de carcasses de voitures brûlées ne laissent présager qu’une chose : la fin.

En France, le silence peine à régner. Devant la folie immobilière qui saisit le pays, mes cauchemars les plus fous voient les zones péri-urbaines de France ne former plus qu’une. Cette métastase ne laisse aucun répit au vide, et la campagne ne devient qu’une succession de ronds-points, de sinistres lots d’habitation, et de ces restos chinois à volonté dont seules les zones industrielles ont le secret.

La route en Australie est une expérience en soi ; la traversée du Nullarbor Plain paraît ne jamais en finir et les heures passées à voir la Stuart Hwy défiler devant mes yeux m’avaient plongée dans un état de transe. Pour peu que vous présentiez quelques signes dysfonctionnels, la solitude rencontrée dans l’outback peut vous rendre barjot. Ou vous transformer en un homme meilleur.

La gastronomie : huile de friture et viande carbonisée


Le désert australien n’est pas le seul élément à vous mettre face à votre propre finitude. On oublie les périples gastronomiques à travers la campagne française à la recherche de fromages locaux, du cassoulet toulousain ou du sanglier de Dordogne. La majorité des plats de roadhouses et de pubs baignent dans l’huile de friture et sont invariablement accompagnés du diable en personne : la Gravy. La viande est toujours trop cuite, jusqu’à en être carbonisée.

Oublié également le bon rouge pour le dîner, il ne s’accommode pas de la chaleur ; quant à la bière, servie sans mousse (combien de clients m’ont renvoyée leur pinte ou leur schooner en prétextant qu’il n’était pas assez plein), elle ne reste pas fraîche bien longtemps, aussi mieux vaut-il la descendre rapidement.

Ne comptez pas suivre votre régime dans l’outback. Le mot-clé est « adaptation » et ça voudra presque certainement dire desserrer la ceinture.


Si 18 ans passés dans le Médoc m’ont rendu lucide sur le mythe de la campagne bucolique, j’ai passé le niveau supérieur lors de ces sept mois à travailler et voyager dans l’outback australien. Le bush vous change un homme. Pour une Française un peu trop attachée à ses manières, c’est une sacrée épreuve d’endurcissement. J’ai quitté l’outback avec plus de testostérone qu’à mon arrivée.

Quant à ceux qui vous regardent avec des yeux ronds lorsque vous annoncez votre intention de disparaître dans un nuage de poussière au-delà des néons et du bruit, ils n’ont rien compris. Ce n’est pas en France qu’on a l’occasion de rencontrer des chercheurs d’or.


Références : 
(1) John Birmingham, Leviathan, Vintage, 2000, p.124
Crédits images :
1. Vers Clare, SA, C. Mazurier
2. Entre Cockburn, SA et Broken Hill, NSW, C. Mazurier
3. Kulgera Pub, NT, C. Mazurier
4. Vers Leonora, WA, C. Mazurier
5. La Stuart Hwy en Australie du Sud, C. Mazurier


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